mardi 26 juin 2018

Serena – Anne-Caroline Pandolfo / Terkel Risbjerg – d’après un roman de Ron Rash – éditions Sarbacane - 2018


Serena – Anne-Caroline Pandolfo / Terkel Risbjerg – d’après un roman de Ron Rash – éditions Sarbacane - 2018 
 
 
A la tête d’une riche exploitation forestière dans les Smoky Mountains, George Pemberton amorce un nouveau virage dans son existence : il revient sur ses terres accompagné de la belle Serena. Dès sa première apparition, la fascinante beauté de son visage, soulignée par ses cheveux coupés courts et couleur feu, ne cesse d’impressionner les ouvriers présents. Cette émotion est très rapidement accompagnée d’une admiration pour sa détermination, mêlée à une peur quant à ses intentions futures. Serena n’a aucunement l’intention d’être seulement la femme du propriétaire. Elle tient non seulement à le diriger d’une main de fer mais aussi à étendre son pouvoir et sa richesse. Désormais n’existera que son couple et sa réussite. Si certains s’essaient à la provoquer, elle n’hésite pas à les prendre à leur propre jeu, au risque de se perdre elle-même. Ce désir de réussite, confiant à la folie, la conduira inexorablement vers l’irréparable.

C’est un ouvrage empli de passion qu’adaptent en bande dessinée Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, auteurs du déjà inoubliable Le roi des scarabées. Si ce dernier était librement inspiré d’un roman méconnu (en France) du danois Jans Peter Jacobsen, c’est à une œuvre forte de l’écrivain américain Ron Rash qu’ils se confrontent aujourd’hui. Le challenge est grand tant le livre Serena a marqué de son empreinte ses nombreux lecteurs.

La simple contemplation des planches offertes par Terkel Risbjerg suffit à nous convaincre que ce livre ne sera pas qu’une simple adaptation comme l'actuelle production de bande dessinée nous en offre tant. De par l’apparente simplicité de son trait et son utilisation précise de la couleur, il sait nous donner à voir les désirs, compromissions ou haines qui peuvent hanter les corps. Si la foule reste sans voix face à la beauté et la dureté de Serena, il en va de même pour le lecteur qui se prend de fascination pour cet étonnant personnage qui semble se consumer inexorablement.

L’écriture d’Anne-Caroline Pandolfo sait installer progressivement les personnages et l’intrigue qui les rassemble tout en n’oubliant pas de ménager des respirations (ouvriers travaillant le bois…) qui nourrissent en profondeur son récit. Si Serena est le centre du récit, son entourage n’en est pas moins rugueux et enclin à la violence.

Serena est un livre hanté qui, sous la rigueur de son récit, fait appel à vos sens comme rarement dans la bande dessinée.
 
 

dimanche 17 juin 2018

"Le coin de la BD " - Spéciale BD au Québec - en collaboration avec BD MIAM

"Le coin de la BD " - Spéciale BD au Québec  - en collaboration avec BD MIAM


Dans le cadre du festival BD MIAM qui se déroulera les 23 et 24 juin, Le coin de la BD a la chance de recevoir trois auteurs québécois: Djief (Brocéliande, Liaisons dangereuses...), Paul Bordeleau (Le 7e vert...) et Richard Vallerand (Automne rouge...).

Venez découvrir le travail de ces auteurs et évoquer la BD au Québec lors de la prochaine séance du coin de la BD.


lundi 11 juin 2018

Ailefroide – Jean-Marc Rochette / Olivier Bocquet – éditions Casterman - 2018

Ailefroide – Jean-Marc Rochette / Olivier Bocquet – éditions Casterman - 2018


Démarrée à la fin des années 70, la carrière d’auteur de bandes dessinées de Jean-Marc Rochette se distingue par une volonté sans faille d’exploiter les potentialités expressives de son médium. D’Edmond le cochon au Transperceneige,  en passant par Le tribut, Himalaya Vaudou ou Terminus, chacun de ses ouvrages s’affirme par sa singularité et une quête qui dépasse de loin la seule nécessité de produire un nouveau livre. Chaque parution de Jean-Marc Rochette se révèle viscérale et fascinante.

Il est peu dire que Ailefroide, dont l’auteur partageait avant parution d’impressionnants extraits visuels sur sa page facebook, était attendu comme un jalon dans la carrière de l’auteur. Mêlant récit autobiographique, amour de la peinture et quête des sommets les plus escarpés, cette nouvelle proposition sait nous faire oublier l’inanité de nombre de récits autobiographiques ayant fleuri ces dernières années. Il y a une nécessité dans l’acte d’accomplir cet ouvrage. Jean-Marc Rochette ne se confesse pas. Il ne cherche aucunement à s’attirer un regard de complaisance de la part du lecteur. Ce qu’il livre, c’est un album rugueux, douloureux, hanté et empli de désir.

A travers la narration de son souhait d’adolescent de devenir guide de haute montagne, il sait nous transmettre la beauté des ascensions, mais aussi la prise de conscience des risques que celles-ci comportent. Si l’alpiniste a contemplé des paysages dont il sait rendre le sublime par son graphisme frôlant l’abstraction, il parvient tout autant à incarner l’humain, rendre corps à ses amis disparus.

Hommage bouleversant à la montagne, à l’adolescence et à l’amitié, Ailefroide est aussi –et ce n’est pas la moindre de ses qualités- une magnifique preuve de ce que peuvent être le dessin et la bande dessinée lorsqu’elle est à son sommet d’exigence.