mardi 4 avril 2017

La terre des fils - Gipi - éditions Futuropolis - 2017.


La terre des fils - Gipi - éditions Futuropolis - 2017. 
 

On connaît le travail de Gipi depuis l'important Notes pour une histoire de guerre, prix du meilleur album espéré et indiscutable du festival d'Angoulême 2006. L'auteur y révélait déjà les thématiques présentes dans bon nombre de ses albums à venir: l'adolescence, l'abandon des pères, la guerre, des territoires abandonnés.
S’en sont suivis d’autres livres importants (S., Ma vie mal dessinée ou Vois comme ton ombre s’allonge) dans lesquels l’expérimentation graphique se disputait aux interrogations viscérales et existentielles de l’auteur. Nous amenant parfois jusqu’au malaise, Gipi utilisait la bande dessinée à la fois comme un lieu d’exigence artistique, mais aussi comme un territoire de lutte, de combat, dans lequel chacune de ses failles était mise à jour, triturée. Attention, le créateur italien n’est pas du genre à se complaire dans de vaines gesticulations ou réflexions nombrilistes. Il s’acharne, lutte, semble parfois au bord du gouffre, mais toujours pense à la mise en forme qui en résulte.

La publication de La terre des fils est en soi un événement, une nouvelle pierre à l’édifice élaborée par Gipi. Sa lecture nous démontrera qu’elle en est le nouveau sommet.

Sur les bords d’un lac, un homme élève seul ses deux enfants. Ce père a connu la civilisation d’avant, mais ne veut rien en raconter. Pour survivre dans ce monde dévasté - par quoi exactement ? on ne le saura pas. Il leur apprend non seulement à ne pas chercher un ailleurs, mais surtout il leur assène des règles de vies strictes et non discutables. Allant jusqu’à bannir l’apprentissage du vocabulaire et de l’écriture. Les enfants ne pourront survivre qu’en étant adapté à ce monde où le sentiment, l’entraide et les mots rassurants seront proscrits. Toutes ses pensées, comme un acte, vestige d’un ancien temps, le père les retranscrit le soir dans un carnet, à l’abri du regard des enfants. Mais cet acte d’écriture devient élément de fascination pour Santo, le fils le plus rétif aux règles, qui observe, caché avec son frère, le rendez-vous rituel de son père.

La terre des fils nous offre un monde désolé, ravagé, dangereux, dans lequel se battent pour survivre deux enfants ignorants du monde qui les entoure. Cette histoire, si elle s’apparente au parcours initiatique accompli par d’autres « héros » dans les livres précédents de Gipi, surprend par la simplicité d’un dispositif qui contraste avec la richesse de l’univers qui nous est proposé. Tout comme son graphisme synthétique mais tendu et d’une fulgurante beauté, le récit avance de façon linéaire, d’un seul jet, s’enrichissant des non-dits et des multiples ramifications qu’il engendre.

La terre des fils est une immense lecture, comme seuls les plus grands auteurs peuvent nous en offrir. 
 

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