mardi 17 mai 2016

La Légèreté - Catherine Meurisse - éditions Dargaud - 2016.


La Légèreté - Catherine Meurisse - éditions Dargaud - 2016.

On aime les livres de Catherine Meurisse depuis l'inaugural Alexandre Dumas -Causerie avec Delacroix (éditions Drozophile, 2005). Dix années de publications traversées d'érudition, d'amour du dessin comme écriture et d'hilarité si peu commune. On a tout apprécié: les strips d' Elsa , tout comme Mes hommes de lettres, Le pont des arts ou Moderne Olympia...Est née alors une certitude qui s'est bâtie livre après livre: Catherine Meurisse est un grand auteur.

Le 07 Janvier 2015, on avoue que l'on s'est égoïstement inquiété pour elle lors de la tuerie de Charlie Hebdo. ce jour là, l'histoire a été maintes fois racontée, elle est arrivée en retard à la rédaction du journal.
On a hésité à chroniquer cet ouvrage tant il semble déplacé, illégitime, de parler de ses effroyables événements.


Et puis on reçoit La Légèreté , cet ouvrage parfait jusque dans son titre. L'auteur s'y met en scène du matin qui a précédé la réunion de rédaction jusqu'au récent mois de février 2016. Si sa trajectoire peut se lire comme une quête pour retrouver goût à la vie et mais aussi à celui de l'acte de dessiner. Il s'y révèle surtout son infinie délicatesse à épargner son lecteur, à ne pas chercher à l'accabler, mais à l'amener ailleurs, à envisager une issue à travers le ré-apprentissage de l'un regard sur la beauté. Catherine Meurisse est meurtrie, changée à jamais, mais ne se résigne pas. Elle marche, et même court tout au long de ce récit. Si le matériel pourrait sembler épars -différentes techniques graphiques employées comme autant d'étapes qui parsèment son chemin- elle parvient à en faire un livre totalement cohérent, animé d'une énergie constante. Catherine Meurisse ne cesse de se battre pour donner forme à son désarroi, à ses cicatrices. On se surprend à sourire souvent au fil d'une évocation, ou d'un trait. Cette fantaisie encore présente, est la plus belle preuve de son existence. On se réjouit souvent, voire on est émerveillé par la beauté des choses mais avec les larmes au coin des yeux, avec la conscience que tout ceci comporte une part d'éphémère.
On aurait pu s'attendre à un livre bouleversant, déchirant, et on l'aurait compris, mais La Légèreté est bien plus que cela. Catherine Meurisse s'y livre comme jamais, mais en ne négligeant  ni le formel, ni le fait qu'elle s'adresse à un lecteur. Cette quête du permanent, notamment à travers la conception de ce livre, devient alors un acte d'une intense beauté. La délicatesse en est l'immense aboutissement. 

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