mardi 22 mars 2016

Le lagon noir - Arnaldur Indridason - Métailié noir - traduit de l'islandais par Eric Boury - 2016.

Le lagon noir - Arnaldur Indridason -  Métailié noir  - traduit de l'islandais par Eric Boury - 2016.




«Un vent violent soufflait sur la lande de Midnesheidi .Venu du nord et des hautes terres désertes,il franchissait les eaux agités du golf de Faxafloi, puis se précipitait, glacial et mordant, sur les ondulations du paysage, saupoudrant d'une fine couche de neige les plantes rares, transies et prostrées, qui dépassaient à peine des roches et des blocs de pierre.»
Nous retrouvons Erlendur, jeune inspecteur venant d'incorporer la brigade d'enquêtes criminelles. Ceux qui ont lu les ouvrages précédents d' Indridason connaissent la hantise de son héros pour les enquêtes concernant des personnes disparues, sans laisser la moindre trace. Ici, en 1979, deux histoires s'entremêlent: une jeune fille disparu vingt-cinq auparavant, près d'un ancien camp militaire américain transformé en bidonville et la mort étrange d'un ouvrier islandais retrouvé près de la nouvelle base américaine dans un étang marécageux , surnommé le lagon bleu.
Le point commun, c'est bien sûr la présence américaine. Une présence intolérable a beaucoup d'islandais, et pourtant ambiguë car cette base aérienne,véritable état dans l'état, même la police islandaise ne peut y enquêter librement ,est ,en même temps source de revenus énormes aussi bien pour l'état islandais que pour les ouvriers qui y travaillent. Lieu propice au trafic de cigarettes, alcool, jeans, disques, drogue.... C'est ainsi toute une culture qui part à la dérive: «Ici, c'est notre univers,c'est un monde qui vous échappe.Nous avalons tout ce que vous faites sans vraiment savoir pourquoi et nous oublions aussitôt. En fin de compte , nous Nous, nous avons passé le plus clair de notre temps à mourir de faim». Situation entraînant un sentiment de supériorité proche du racisme chez nombre d'employés américains:« Vous êtes tous les mêmes,fichus Islandais! Espèce de parasites!»
Ainsi, c'est tout un pan de l'histoire de ce petit pays, en pleine guerre froide,enjeu d'intérêts géostratégiques qui nous est proposée. Cependant comme à l'habitude, aucune pesanteur didactique. Tout cet environnement transparaît au travers de deux histoires profondément humaines touchant la misère tant psychologique que matérielle, avec toujours une grande empathie pour le moindre personnage.
«Personne ne me comprend,il n'y a personne qui me comprend. Jamais.Et personne ne sera jamais capable de comprendre qui je suis, l'homme que je suis réellement.Il n'y a personne qui puisse me comprendre. Personne.»

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