lundi 6 octobre 2014

Moi, assassin – Antonio Altarriba / Keko – éditions Denoël Graphic- 2014.


Moi, assassin – Antonio Altarriba / Keko – éditions Denoël Graphic- 2014.


C'est avec précaution que l'on entame la lecture de Moi, assassin, tant on avait été bouleversé par la lecture du précédent album du scénariste Antonio Altarriba L'art de voler. Dans cette œuvre réalisée avec Kim, l'auteur revenait sur son histoire familiale à travers le personnage de son père, exilé républicain qui, un jour, mit fin à ses jours en sautant par la fenêtre de sa maison de retraite. L'art de voler se révélait dès sa première lecture comme une pièce maîtresse de notre bibliothèque.
Une question restait cependant en suspend : Altarriba saurait-il être aussi convaincant en s'éloignant du récit autobiographique? On oubliera volontiers l'autocollant promotionnel «Après L'art de voler, L'ART DE TUER» appliqué sur la couverture pour se plonger dans Moi, assassin, album raconté à la première personne par un historien d'art basque Enrique Rodriguez Ramirez, dont la spécialité est l'exposition de la douleur dans la peinture occidentale : «La mort demeure le plus grand spectacle du monde». Dès les premières pages, nous comprenons que le narrateur associe à cette connaissance universitaire un goût pour sa mise en pratique. Pour Enrique Rodriguez Ramirez, «Tuer n'est pas un crime. Tuer est un art». C'est avec moult justifications esthétiques et historiques qu'il nous expose, et réalise, sa dérive meurtrière.
Cette terrifiante narration est accompagnée de planches de Keko qui parviennent à associer avec efficacité synthétisation du trait et profusion de détails signifiants.
Au final, Moi, assassin se révèle être un grand polar en bande dessinée, à la fois dérangeant et captivant, comme il en existe trop peu dans ce médium. Antonio Altarriba y confirme son immense talent et nous laisse attendre ses prochaines propositions avec enthousiasme.
Quant à la mise de côté du versant autobiographique de son œuvre, ayez la curiosité de taper «Antonio Altarriba» sur votre moteur de recherche internet, et vous y découvrirez un auteur dont le visage évoque de manière troublante les traits de Enrique Rodriguez Ramirez.


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