mardi 20 mai 2014

La trilogie de Corfou – Ma famille et autres animaux / Oiseaux, bêtes et grandes personnes / Le jardin des dieux – Gerald Durrell – éditions La table ronde – 2014.


La trilogie de Corfou – Ma famille et autres animaux / Oiseaux, bêtes et grandes personnes / Le jardin des dieux – Gerald Durrell – éditions La table ronde – 2014.


Il est des livres dont on a envie de parler à la première personne du singulier, d'oublier le temps d'une chronique la distance que l'on s'efforce de prendre avec un ouvrage afin d'atteindre une soi-disant objectivité, des textes qui résonnent autant par leur qualité inhérente que par l'écho qu'ils évoquent dans votre propre histoire.
Du naturaliste Gerald Durrell, jusqu'à la publication de l'intégralité de la Trilogie de Corfou par les éditions de La Table Ronde, je connaissais le visage fait de bonhomie entraperçu au hasard d'une émission de télévision et un livre: Le naturaliste en campagne. Ce dernier se présentait comme un «guide pratique pour découvrir la nature avec Gerald Durrell et Lee Durrell». Cet ouvrage publié alors aux éditions Bordas a été pour ma mère un livre de chevet tout au long son existence. Pour elle, institutrice en école maternelle, qui avait la volonté de faire découvrir «le monde du vivant» à des jeunes enfants, ce livre était une source inépuisable d'informations, mais également d'apprentissages à se mettre en situation d'émerveillement. Car c'est bien cela l'enjeu des ouvrages du naturaliste anglais: nous amener à être attentif au moindre frémissement de la vie, et cela passe sans doute par le fait de retrouver une curiosité toute enfantine.
L'auteur a passé sa jeunesse à Corfou, dans une vieille demeure de style vénitien, entouré de sa mère, de sa sœur Margo et de ses frère Leslie et Larry (Lawrence Durrell le frère aîné écrivain). A cette fratrie, il convient d'ajouter les nombreux animaux ramenés au foyer par le futur naturaliste alors âgé d'une dizaine d'années: un lérot, une huppe, des chiots arrachés à la mort... et d'innombrables insectes. Comme il l'écrivait lui-même dans son ouvrage Le naturaliste en campagne: «Chaque fois que je m'approchais de cette demeure, que ce soit de jour ou de nuit (…) je me prenais à regretter qu'elle ne fût pas vraiment une ancienne maison de poupées; j'aurais pu alors l'ouvrir en grand afin d'observer tous les êtres vivants tapis à l'intérieur». Le livre entier est résumé dans cette citation, tant c'est avec une joie et une émotion sans cesse renouvelées que nous suivons les mésaventures de cette incroyable famille, qui semble prendre vie sous la plume de l'auteur comme autant d'acteurs d'un petit théâtre.
Bien sûr, on y découvre foule d'anecdotes quant à la faune et la flore de Corfou, mais c'est avec ce même souci du détail et de l'émerveillement qu'il décrit également chacun des protagonistes issus du cocon familial ou invités à leur rendre visite (Jeejee, Kralefsky, Loulou et Harry, Theodore Stephanides, le colonel Ribbindane...). Foule de personnages, plus exubérants les uns que les autres, animent la vie au sein de l'île et sont prétextes à des scènes burlesques et irrésistibles. On pense souvent à un rapprochement possible avec ces lointains cousins cinématographiques que sont les beaux films de Bruno Podalydès ou Wes Anderson.
D'un bout à l'autre, cette Trilogie de Corfou réussit à vous émerveiller, à inventer une empathie inouïe envers ses personnages. Gerald Durrell nous offre une œuvre qui nous accompagnera longtemps, dans laquelle on se replongera régulièrement avec délice afin de reprendre contact avec ses amis, qui auront été les nôtres durant les quelques 1000 pages que composent cette éblouissante fresque. L'auteur ne s'est pas trompé en clôturant son dernier opus avec un chapitre intitulé Les joies de l'amitié dans lequel il nous convoque à une grande fête pleine de magie réunissant nombre des acteurs entrecroisés précédemment. On a qu'une hâte: inviter d'autres lecteurs à nous rejoindre dans cette prodigieuse demeure qui, on le sait, nous accueillera bien volontiers.
Pour finir, je laisse la parole au plus beau personnage du roman, à savoir la mère de l'auteur:
«Non, non, mon chéri, ce n'est pas ce que je veux dire, simplement cette maison paraît si rarement normale. Je fais de mon mieux, mais allez savoir pourquoi, nous ne semblons pas capables de vivre comme tout le monde».
Tout comme pour ma mère avant moi, L'oeuvre de Gerald Durrell est désormais devenue un de mes livres de chevet.

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