jeudi 5 avril 2018

Essence - Fred Bernard / Benjamin Flao - éditions Futuropolis - 2018

Essence - Fred Bernard / Benjamin Flao - éditions Futuropolis - 2018

 
"Comment je sors d'ici, moi, maintenant? Je suis arrivé par où, déjà?" C'est par cette question à l'allure anodine que démarre le livre issu de la collaboration de Benjamin Flao et Fred Bernard. A la recherche de carburant, Achille arpente un bâtiment aux dimensions irraisonnables semblant avoir été vidé de toute forme de vie. Pourtant, un jouet mécanique représentant deux singes ,opposé de la poupée humaine  qui dit "maman" dans la Planète des singes, rappel que ce lieu a été autrefois habité. Une fois la précieuse essence récoltée, Achille sort de la luxuriance colorée de l'établissement afin de rejoindre son véhicule dans lequel l'attend celle que l'on est autorisé à appeler uniquement "mademoiselle".
On entame les premières pages d'Essence avec l'agréable sensation de lire une bande dessinée d'un autre temps, où le rythme de lecture était dépendant d'une parution au long cours.Une époque où  graphisme et  narration pouvaient changer en fonction des évolutions psychologiques des personnages, mais aussi des envies des auteurs qui s'y employaient. On pense  beaucoup aux errances auxquelles s'adonnait l'inoubliable Moebius. Comme chez ce dernier, il y a la thématique du désert bien sûr, mais aussi les machineries enfouies, les colorisations exubérantes, un fil narratif qui semble se découvrir page après page. Au coin d'une planche, les toiles abstraites réalisées par un personnage rencontré  rappellent celles, si organiques, de l'auteur du Monde d'Edena.

Des références à des auteurs emblématiques, à des univers remarquables, Essence en est parsemé: Hergé, Franquin, Miyazaki... on ne sait parfois plus très bien si les clins d’œil existent ou si on y attache nos propres souvenirs, nos plus intimes réminiscences. Les auteurs parviennent à canaliser ce trop-plein, ce bouillonnement d'histoires, de désirs d'hommages afin d'inventer un récit sombre fait d'émotion et d'interrogations existentielles. C'est par une liberté formelle doublée d'une rage de donner du sens à l'existence que Benjamin Flao et Fred Bernard parviennent à retrouver la luxuriance de ce qui animait les plus belles pages de Métal Hurlant.



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