mercredi 1 avril 2015

En introduction aux Rêveurs lunaires d'Edmond Baudoin et Cédric Villani - éditions Gallimard/Grasset-2015.

Les Rêveurs lunaires, la nouvelle proposition d'Edmond Baudoin, réalisée avec Cédric Villani, est un nouveau sommet dans la carrière déjà riche de l'auteur. Il s'y présente sous un jour inédit, où chacune de ses réflexions graphiques semble habitée par un désir, une tension. Avant de revenir plus tard sur ce livre déjà important, il nous tenait à cœur de republier un article de 2012 dans lequel nous racontions notre passion pour son travail.



Je suis né à Nice. En 1986, mon père m'offre une bande dessinée pour mes 10 ans. L'album se nomme Un rubis sur les lèvres aux éditions Futuropolis. Malgré mon jeune âge,l'album me fascine... non par son histoire, mais par son graphisme. J'y découvre qu'un auteur a la possibilité d'utiliser tous les moyens dont il dispose pour raconter une histoire : écritures comme des notes, journaux, espaces blancs plus importants que les traits qui s'y dessinent, taches qui deviennent oiseaux... Tout cela me paraît d'une liberté incroyable.
En 1991, avec Couma aco toujours chez Futuropolis, je me prends de plein fouet l'histoire. Je découvre que l'autobiographie peut être un sujet immense pour une bande dessinée. En 1992, Edmond Baudoin obtient le prix du meilleur album pour ce même ouvrage.
Depuis, j'ai découvert les anciennes parutions de cet auteur, ainsi que celles qui ont suivi. Régulièrement, un nouvel album de Baudoin produit en moi un nouveau choc, une nouvelle excitation. Je me souviens ainsi de la lecture de Piero, Terrains Vagues, Travesti ou l'Arleri.
Raconter un album de Baudoin, c'est avant tout raconter la relation que vous entretenez avec celui-ci. Dans ses livres, tout est abordé : le goût du dessin, des relations humaines, la paternité, l'amitié, l'amour, le temps... Parler d'un album de Baudoin, c'est parler de la vie.
Lorsqu'il adapte Travesti de Mircea Caratarescu (l'Association, 2007) dans un de ses albums les plus inventifs formellement, il se met lui-même en scène en train d'adapter l'ouvrage... Tous les personnages qui traversent l’oeuvre de l'auteur, que ce soient Victor, Paul ou le vieux peintre, semblent n'être qu'un : Edmond Baudoin. Si ce dernier nous raconte des épisodes de son parcours (son enfance à Villars-sur-Var, son grand-père, ses relations de dessin avec son frère, sa mère...), c'est toute son œuvre qui transpire son être et sa vie. Comme l'écrit Edmond Baudoin dans Eloge de la poussière (l'Association, 1995) : "J'ai toujours l'impression de faire le brouillon d'une œuvre à venir".
La marginalité de Baudoin dans le monde de la bande dessinée vient de cette particularité. Ses textes, tout comme son dessin, épousent la vie en en rendant sa flamboyance et sa mouvance . Son style évolue sans cesse : comparez Un rubis sur les lèvres(1986) avec l'Arléri (2008) pour vous en faire une idée. Dans ce dernier album, il nous parle du rapport du peintre avec son modèle, mais aussi de désir, de sentiment amoureux... Son travail graphique y est exaltant et semble gorgé de cette passion et de cette vie qu'il insuffle dans son texte.
Un des moments forts de l’œuvre de Baudoin se trouve dans Terrains Vagues (l'Association, 1996). Dans une case ouverte d'une simplicité confondante, Baudoin dessine deux traits parallèles : un au pinceau, plein d'aspérités, de pertes, d'irrégularités ; l'autre, droit, régulier, constant. Un texte accompagne ces deux traits. Le premier est : « POURQUOI CE TRAIT EST PLUS BEAU. » Le second est : « QUE CELUI CI. »  Une partie de la clé de l’œuvre de Baudoin est inscrite dans cet exercice métaphorique.

Bruno

 

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