lundi 17 février 2014

La dernière fête – Gil Scott-Heron – éditions de l'Olivier – 2014.


La dernière fête – Gil Scott-Heron – éditions de l'Olivier – 2014.


Gill Scott-Héron est décédé le 23 Mai 2011. De ce grand artiste, on avait été marqué par la force de son roman noir Le vautour, publié en 1970 et écrit à l'âge de 19 ans. On revient aussi régulièrement à ses disques tels que Pieces of a man (1971) ou son dernier et magnifique opus I'm new here (2011).
Les éditions de l'Olivier publient aujourd'hui les Mémoires posthumes et inachevés de Gil Scott-Heron intitulés La dernière fête. Dès les premières pages, on sait que nous avons affaire à un véritable ouvrage d'écrivain et non à une simple narration des événements qui ont ponctué sa vie. De fait, l'ouvrage commence ainsi : «Aussi loin que remontent mes souvenirs, les mots sont importants pour moi. Leur son, leur construction, leur racine. En raison de cet intérêt, peu d’endroits auraient pu me fournir dans mon enfance une matière première aussi merveilleuse que le sud-est de l'Amérique du Nord». Tout au long de ses Mémoires, Gil Scott-Heron vous subjugue par son sens de la formule, par la concision de son style et surtout par le rythme qu'il parvient à insuffler à chacune de ses phrases.
Quant au propos, jamais il ne se complaît dans un quelconque travers narcissique, écueil condamnant nombre d'autobiographies. Ce que nous raconte Gil Scott-Heron par le biais du parcours d'un enfant noir ayant grandi du Tenessee au Bronx, c'est aussi une autre histoire des États-Unis. L'aspect le plus émouvant du texte est la façon dont l'auteur, sans évacuer la pauvreté ou la ségrégation qui sous-tend une bonne partie de l'ouvrage, s'évertue constamment à narrer ce qui a pu être lumineux dans sa vie: un quasi éloge d'un parcours éducatif qui l'a vu alterner école noire et école blanche mais dont il dit «Je suis très fier de l'éducation que j'ai reçu pendant dix-sept ans au sein de dix établissements». Des gens qui ont cru en lui, on retiendra sa professeure d'anglais «blanche» Nettie Leaf qui appuiera sa candidature à l'école privée de Fieldstom et dont il pensait pourtant qu'elle les poussait à lire une livre qui «était un truc de Blanc pour les Blancs; que ça parlait d'elle, pas de nous». On est également touché par le portrait de sa grand-mère Lily Scott qui l'a élevé dans le Tennessee : «Quand un blanc entrait, il allait droit au comptoir comme si les noirs étaient invisibles. Mais pas avec ma grand-mère.» ainsi que celui de nombre de femmes dont sa propre mère «Nous avons redescendu la colline sans trop parler. Encore une chose qui me plaisait chez ma mère. Le mutisme ne lui faisait pas peur.»
C'est ainsi que se raconte la vie de Gil Scott-Heron, à travers ces moments, et ces personnes, qui furent gorgées d'humanité. De cette vie, dans cette version inachevée, il prend le parti de n'en raconter que «l'exemplaire», «le rayonnant». Le 43ème et dernier chapitre se termine par une bouleversante confession qui témoigne à la fois de la force littéraire de ce texte, mais également de la place toute particulière qu'il occupera désormais dans la bibliothèque du lecteur :
«Il se peut que je n'aie jamais d'autre occasion de dire cela à ces enfants, comme je sais ne leur avoir jamais appris par l'exemple, pour qu'à leur tour ils se tournent l'un vers l'autre en cas de besoin. J'espère qu'il ne fait aucun doute que je les ai aimés, eux et leurs mères, du mieux possible. Et si, inévitablement, cela n'a pas suffi, j'espère que cela aura été compensé par leurs mères, qui furent bien mieux sans moi.» 
 

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