mardi 14 janvier 2014

Vois comme ton ombre s'allonge – Gipi – éditions Futuropolis – 2014.


Vois comme ton ombre s'allonge – Gipi – éditions Futuropolis – 2014.


On a découvert Gipi en 2005 avec l'inoubliable Notes pour une histoire de guerre ( Prix du meilleur album à Angoulême en 2006). Puis on a lu ses autres albums Extérieur nuit, Le local, Les innocents, Ils ont retrouvés les clés de la voiture, S., dont aucun ne se complaisait dans une forme établie. En 2009, Gipi nous proposait un Ma vie mal dessinée bouleversant par sa plongée dans les méandres des pensées de l'auteur mais également époustouflant d'invention et de virtuosité graphique. Si l'autobiographie avait déjà été abordée dans le beau S., cette fois l'album nous terrassait par ses gouffres inattendus. Gipi confirmait alors qu'il était un des plus grands auteurs de bande dessinée en activité, mais nous plongeait dans l'expectative quant à ses productions ultérieures tant la confession semblait être douloureuse.

Depuis 2009, aucun nouvel album de Gipi n'était paru en France. Si on savait l'auteur occupé entre autre par la réalisation de longs métrages et diverses illustrations – on lui doit la couverture du premier numéro de la Revue dessinée - il est peu de dire que nous attendions avec impatience une nouvelle proposition de bande dessinée de sa part. C'est celle-ci que publie les éditions Futuropolis aujourd'hui avec Vois comme ton ombre s'allonge.

On est dans un premier temps dérouté par le récit de Gipi, alternant en très peu de pages une image de station service, un arbre, un homme de bientôt cinquante ans s'interrogeant sur ce qu'il est devenu, un pilote automobile d'une autre époque et un «Monsieur Landi» patient d'un institut psychiatrique, puis plus loin un aïeul combattant pendant la Grande Guerre. Le tout enchaînant noir et blanc griffé ou synthétique, aquarelle, lavis, coloration 3D...L'ensemble étant vraisemblablement relié mais ne nous livrant pas ses clés d'un seul tenant.

Sauf que ce qui ne pourrait être que le témoignage de la virtuosité de la palette de l'auteur, se révèle au fur et à mesure de la lecture un véritable bouquet de sensation où chaque élément à son importance. Tout comme dans Ma vie mal dessinée, Gipi nous parle de l'humain, de ses failles, de ses faiblesses et son récit en épouse les contours. Récit ample, dense, qui ne souffre pas des relectures, utilisant les nombreuses possibilités de la bande dessinée, exposant sa beauté plastique sans jamais en oublier la narration, Vois comme ton ombre s'allonge est le grand album d'un auteur qui ne cesse ce croire en son médium.

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