dimanche 7 avril 2013

Terra Australis – Laurent-Fréderic Bollée / Philippe Nicloux – éditions Glénat (1000 feuilles) – 2013.


Terra Australis – Laurent-Fréderic Bollée / Philippe Nicloux – éditions Glénat (1000 feuilles) – 2013.


A la fin du 18° siècle, alors que Londres est ravagée par la misère et la criminalité, l'Angleterre souhaite développer son empire colonial. Ainsi germe l'idée d'enrôler 1500 hommes et femmes sur onze navires afin d'installer une colonie sur ce territoire qui deviendra l'Australie. Tous ces individus sont condamnés à des peines plus ou moins longues, et ne possèdent qu'un espoir : que cette nouvelle terre se révèle par la suite celle du renouveau. Mais avant cela, 24000 km à parcourir à travers les océans, faits de rencontres, de tempêtes, de famine, de mutinerie, de désirs et de larmes.
C'est cette incroyable épopée que nous raconte Terra Australis, un imposant album de 512 pages mêlant avec fluidité données historiques et densité humaine. A aucun moment, la pédagogie ne prend le pas sur l'attrait qu'exerce sur nous les nombreux personnages. Chacun d'entre eux a sa propre existence (le jeune John Hudson, Caesar...) et parvient à nous émouvoir, à nous passionner. Tous sont enclin à la violence, mais ont également le désir d'une autre vie. Ni les gardiens, ni les prisonniers ne sont enfermés dans leur rôle. 
Mais Terra Australis n'est pas uniquement cette passionnante fresque sur la déportation d'une frange de la population, puis la découverte d'un pays inconnu, elle est également une magnifique bande dessinée d'aventure passant avec un bonheur égal de scènes dans les bas-fonds de Londres à une plongée dans l'univers carcéral, aux cales des navires, à la rencontre de quelques animaux marins puis terrestres... Répétons-le : le récit est tout dévoué à la joie de la lecture et de la découverte, à aucun moment il ne se fait édifiant.
Une partie de ce plaisir de lecture est dû au fait que les auteurs eux-mêmes semblent s'être embarqués dans ce projet fou comme un seul homme, redoublant ainsi l'aventure des personnages. Le dessin de Philippe Nicloux oscille entre caricature à la Baru et élégance des coups de pinceau. Les décors sont confondant de beauté, tandis que la mise en page se plie sans cesse au récit. A ce titre, les dernières planches, qui présentent le devenir des protagonistes de l'histoire, semblent se dérouler dans un fondu enchaîné proche des innovations de mise en page de Will Eisner.
Terra Australis est la preuve de ce que peut être la bande dessinée lorsque scénariste, dessinateur et éditeur sont animés par le même désir de produire un grand ouvrage. Que tous trois en soient remerciés.

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