lundi 29 octobre 2012

L'enfance d'Alan – Emmanuel Guibert - éditions l'Association – 2012.

 
L'enfance d'Alan – Emmanuel Guibert - éditions l'Association – 2012.



Entre 2000 et 2008, Emmanuel Guibert proposait les trois volumes de la Guerre d'Alan. Cette œuvre prenait sa source dans les témoignages-souvenirs d'Alan Cope, soldat américain ayant participé au débarquement de Normandie, puis traversé la France, l'Allemagne et la Tchécoslovaquie. Le tout nous dressait un parcours touchant, loin des habituels témoignages sur la Seconde Guerre Mondiale. Cope montre sans cesse une distance sur les événements, un humour et une légèreté de ton. Le tout est magnifié par les graphismes tout en suggestion et en précision de Guibert, donnant ainsi naissance à une des grandes œuvres de la bande dessinée contemporaine. Un classique au même titre que l'Ascension du Haut Mal, David Boring...
Ce travail est né dans un premier temps de la rencontre d'Emmanuel Guibert avec Alan Cope, retraité à l'époque vivant sur l'île de Ré. En plus de ses souvenirs de guerre, le vétéran lui narra également sa jeunesse en Californie. Aujourd'hui, Alan Cope a disparu et Guibert le raconte à nouveau en transcrivant en bande dessinée ce nouveau pan des souvenirs d'Alan.
L'émotion à l'idée de ces retrouvailles est légitime. La crainte de l'album de trop également. Comment succéder à une telle œuvre ? Comment ne pas transformer une histoire forte en une «série» de plus ? Si les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale étaient un matériau infiniment romanesque, qu'en est-il d'anecdotes familiales et enfantines ?
L'enfance d'Alan se lit comme une histoire à plusieurs niveaux. Par exemple, le premier, pas le moins émouvant, raconte les retrouvailles de Guibert avec son ami disparu.
Avec son graphisme, ses magnifiques décors et ses compositions stupéfiantes d'efficacité, Guibert évoque cette Californie des années 30. Son trait dessine l'émotion d'une vieille photographie de famille tout en ne perdant jamais de vu son fil narratif. Sous un couvert extrêmement simple, minimaliste, Guibert parvient à rendre toute la complexité de ces petites choses qui composent une vie, de la grande histoire à la plus petite anecdote. Une photographie de famille n'est pas que ce qu'elle montre, elle enferme également toute une foule d'éléments pour le spectateur concerné : des personnes disparues, des objets aimés, des indices d'une époque.... Cette épaisseur relative à tout ce qui sous-tend une vie est évoquée avec une imposante maestria. Les événements s'y enchaînent avec une rare fluidité, une irrésistible grâce.
Le final est bouleversant et semble donner une clé -et surtout enrichir la Guerre d'Alan- en dressant un semblant d'explication concernant l'apparente distance d'Alan Cope vis-à-vis de ce qu'il traverse durant la Seconde Guerre Mondiale : «  ça me fait penser aussi à ma réaction devant l'énormité de la guerre. Je n'ai pas eu peur un point c'est tout. Sans doute, j'ai eu une peur intellectuelle. Je pouvais me dire chaque jour, en commençant ma journée : « c'est peut-être le dernier jour de ma vie ». Je le pensais, mais ça m'a pas vraiment fait peur parce que c'était trop énorme, trop naturel, si vous voulez ».
Emmanuel Guibert, avec L'Enfance d'Alan, nous propose un album riche, passionnant dans sa forme et son fond, aux multiples relectures possibles malgré son apparente simplicité. Un nouveau classique donc.

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